image-top

Interview d'Anne-Gaëlle Balpe

... ET SI LA LANGUE NE VEUT PAS OBEIR ?

Arthus et les nuages est le premier album à paraitre aux P'tits Bérets d'une auteur qu'on aime beaucoup, Anne-Gaëlle Balpe. Une belle occasion de lui poser quelques questions sur son métier, son rapport aux mots et à la langue et bien entendu sur Arthus le personnage principal de cet album.

>> Arthus est un petit garçon qui a du mal à prononcer certains mots, assez compliqués il faut le dire, d'où vient ton inspiration pour cette histoire ?

Lorsque j'étais enseignante, en maternelle, j'ai rencontré des enfants qui avaient des problèmes de langage et notamment de prononciation. Ils étaient encore assez petits, et n'allaient pas chez l'orthopho... l'ortro... l'orthophraaaa. Enfin bref, ils n'y allaient pas encore. En tant que maîtresse, je me devais de leur faire répéter des mots ou des phrases, pour leur apprendre à les dire correctement, pour que tout le monde puisse ensuite les comprendre. Pour certains c'était très difficile, et ça me faisait de la peine ! On aurait dit que leur langue ne voulait pas leur obéir !


>> La maitrise de la langue et la différence sont des thèmes que tu aimes explorer. Pourquoi ?

Parce que l'un de mes enfants est concerné, et que ça me touche beaucoup, de voir que les autres (autres enfants, adultes...), souvent, ne prennent pas le temps de comprendre ces enfants, passent à côté de ce qui fait leur richesse. En cherchant à mieux comprendre et aider mon fils, j'ai discuté avec de nombreux parents d'enfants "différents", pour qui chaque année passée à l'école est un combat.
Pour ce qui est de la "langue", en revanche, j'aime beaucoup jouer avec les mots, et ça se retrouve dans plusieurs de mes livres. Je trouve ça fascinant que l'on ait, comme ça, posé des étiquettes sur les choses, sur les sentiments, sur les couleurs... Cela m'inspire souvent des histoires (et aussi à d'autres !).

>> Penses-tu que les enfants vont se reconnaître dans le portrait d'Arthus ?

Je pense que ceux qui vont chez l'orthophr... l'orthaphon... enfin, que ceux qui y vont, se reconnaîtront sans doute, même s'ils y vont pour autre chose (la lecture, l'orthographe...). Mais j'ai avant tout écrit cette histoire pour les faire rire !

>> Qu'aimerais-tu dire aux enfants qui rencontrent des difficultés de langage ?

Ce que je dis souvent à mon fils : d'accord, tu as ce problème, tu dois faire plus d'efforts que les autres, tu mets plus de temps à apprendre, et c'est très injuste (très !)... Mais est-ce qu'il faut s'arrêter là ? Trouver que c'est injuste et renoncer à faire aussi bien que les autres ? Est-ce que c'est intéressant d'être "ce pauvre petit qui a des difficultés" ? Ou est-ce qu'une fois qu'on a dit  "c'est injuste" (car on a le droit de le dire, d'être fatigué, de vouloir être consolé), ne vaut-il vaut mieux pas retrousser ses manches et continuer à progresser ? Mais attention... Progresser sans s'épuiser, accepter de demander de l'aide et prendre le temps, ne pas être trop dur avec soi-même.

>> Tu arrives à dédramatiser ces difficultés de prononciation qui peuvent empoisonner la vie ou qui peuvent être source de moquerie, les enfants que tu rencontres te font-ils part de leurs impressions sur cette mise en humour de situations parfois graves ?

Non, en général ces enfants là sont très intelligents et passionnants, mais ils manquent énormément de confiance en eux, et on ne les remarque pas. Certains me disent qu'à cause de leurs difficultés ils ne pourront jamais devenir écrivain, et là, en général, je leur explique que c'est faux, qu'on peut tout à fait écrire des histoires avec ses mots, avec son orthographe, que ça ne doit pas être une barrière. Qu'il existe aussi des outils, ou des gens qui peuvent ensuite aider à la "correction", si on en a envie. On peut aussi créer des histoires avec des images, avec de la musique, avec des photos... Les artistes sont souvent des anciens "enfants différents", d'ailleurs !

>> Lorsque tu étais petite avais-tu le même souci d'Arthus ? Est-ce pour cela que tu es devenu écrivain ?

Non, j'ai eu la chance de n'avoir aucun souci, et d'adorer l'école. C'est peut-être aussi pour ça que je trouve si injuste que l'école puisse être si pénible pour certains enfants (car c'est là en général que les enfants "différents" souffrent le plus). Je crois que je suis devenu écrivain parce que j'adore construire et jouer avec les mots. Est-ce que ça n'est pas la plus belle chose du monde, que de pouvoir créer des mondes, des personnages,  de leur inventer une vie, de voyager avec eux, et de communiquer avec les autres (les vrais, ceux qui existent), à travers des histoires ? Petite j'aimais beaucoup jouer aux playmobils... j'imaginais des situations, des problèmes à résoudre, des amitiés, des familles, je leur construisais des châteaux, des forêts... En fait d'une certaine façon je continue à jouer aux playmobils, sauf que là c'est encore mieux : j'ai toutes les boîtes que je veux dans ma tête (cowboys, zoo, cosmonautes, sorcières...) !

mon-compte

Mon Panier

Votre panier est vide